Les gouttes de pluie frappaient le sol comme une mélodie frénétique alors que je courais dans l’obscurité. Tout à coup, un cri perça la nuit, un cri désespéré, celui d’un enfant. Mon cœur s’emballa. Je me précipitai vers la source du bruit, ignorant la pluie battante, mes pieds heurtant le pavé détrempé.
Là, au milieu de la route, se trouvait une petite fille, seule, trempée, les bras tendus vers moi comme pour chercher de l’aide. Elle était assise juste avant le virage, là où les voitures filaient à toute vitesse. Le bruit d’un moteur qui s’approchait fit monter la panique dans ma gorge. « Non ! » je hurlai, mais mes mots furent noyés dans le rugissement du moteur.
Je me lançai sans réfléchir, mes jambes brisant l’air comme des éclairs. Mon souffle était court, mes muscles hurlant, mais je n’étais qu’à quelques mètres d’elle. Je la saisis dans mes bras juste au moment où la voiture passait à toute allure, les pneus crissant, manquant de nous faucher de justesse.
L’air chaud de l’auto effleura nos visages alors qu’elle nous frôlait comme un monstre invisible. La petite pleurait, ses larmes se mêlant à la pluie, ses petits bras crispés sur ma veste. « J’ai peur… » sanglota-t-elle, les yeux noyés dans une angoisse pure. « J’ai mal au genou… » Je la serrai plus fort, le cœur encore battant à tout rompre.
« Tout va bien maintenant, tu es en sécurité. » Je la soulevai doucement, la soulagée, mais elle avait encore peur. Elle pointa du doigt au loin. « C’est ma maison… l’immense avec les grandes portes en fer… C’est chez ma grand-mère. » Elle me conduisit à travers les rues sombres, et bientôt, une grande bâtisse se dessina devant nous.
Le manoir imposant, tout en pierres grises, semblait surgir d’un autre temps. La porte s’ouvrit brusquement avant que nous n’atteignions les escaliers, et une femme âgée, élégante mais terrifiée, se précipita vers nous. « Emma ! Où étais-tu passée ? Je t’ai cherchée partout ! » Elle la prit dans ses bras, son visage marqué par la peur et l’amour.
La petite la serra fort, cachant son visage contre son épaule. « Je voulais juste aller chercher le chien… mais je me suis perdue. » La femme se tourna vers moi, et un sourire de gratitude se dessina sur ses lèvres. « Merci. Vraiment, vous lui avez sauvé la vie. Entrez donc, je vous en prie. »
À l’intérieur, l’air était lourd d’histoire. Des lustres de cristal reflétaient la lumière dans toutes les directions, des portraits anciens ornaient les murs, leurs regards semblant nous suivre silencieusement à chaque mouvement. Mais un portrait attira mon attention plus que les autres.
C’était celui d’un homme… un homme qui me ressemblait tellement que ça en était déroutant. Mes doigts se tendirent instinctivement vers le cadre, une étrange sensation m’envahissant. « Ce portrait… » Je murmurais, mes yeux fixés sur les traits familiers, l’expression figée sur ce visage étrange.
